Quand le thuya s’en va au bois

Thuya dans le bois, qui l’eut cru il y a quelques années à peine ?

Vous pensez ne pas le connaître ? Mais bien sûr que si, ce bon vieux Thuja plicata a été massivement planté dans les jardins et l’est d’ailleurs encore, même si son monopole semble doucement s’effriter.

Et bien figurez-vous que ce bel arbre originaire d’Amérique du Nord a reçu chez nous le doux surnom de « béton vert » en référence à son utilisation la plus fréquente pour créer des bordures opaques tellement denses et … dépourvues de vie. Ces dernières années, ce cher béton vert un peu en disgrâce dans les jardins, a connu une reconversion pour le moins surprenante. Disposait-on de stock de plants dont on ne savait que faire, qui sait ? Toujours est-il que des plantations monospécifiques sur des parcelles forestières complètes ont été initiées. Incertitudes liées aux changements climatiques et crises sanitaires en voie de multiplication parmi les essences forestières sont les principaux moteurs de ces nouveaux choix forestiers qui posent question.

Après une dizaine d’années, le peuplement de thuyas est largement refermé.

Un exemple concret ? Je vous emmène dans le bois communal de Lustin. Le « Bois de Nismes », environ 150 hectares de forêt publique (et une cinquantaine d’hectares de forêt privée) dont un vaste plateau central d’une trentaine d’hectares enrésiné de longue date et qui est cours de régénération depuis un peu plus de 10 ans. A chaque fois, c’est le schéma classique : mise à blanc suivie d’une plantation plus ou moins vaste d’une seule espèce à qui on souhaite bonne chance dans les années futures… Jusque là, rien qui sorte du lot par rapport à la gestion sylvicole conventionnelle.

Des pins sylvestres en rang d’oignons eux aussi.

Là où ça devient plus surprenant, c’est quand on jette un œil aux arbres choisis pour remplir ce vaste paysage qui, pour le moment et à la faveur des peuplements encore très jeunes, laisse vagabonder le regard. Le thuya occupe deux parcelles dont la plus ancienne approche les dix ans et laisse présager d’un avenir assez sombre pour la biodiversité : peuplement très dense avec une lumière au sol très faible, absence de végétation d’accompagnement, structure monotone, etc. Les parcelles des alentours sont un florilège des essais sylvicoles du moment : mélèze, pin sylvestre, sapin de Nordmann, sapin de Douglas, tsuga et même, on ne semble ici avoir peur de rien, quelques épicéas… Pas question de mélanger tout ça, chaque essence est bien rangée dans sa petite case, les alignements sont parfaits, pour peu on se croirait à la pépinière. Je me sens bien seul sur ce plateau battu par l’hiver et je me demande où se trouve l’intérêt public de ce type de gestion forestière. Sur 30 hectares, les arbres indigènes sont cantonnés à une étroite bande plantée en hêtre (quelques ares tout au plus), là également bien rangée dans sa case avec des arbres qui semblent participer à un concours de docilité. Même âge, même développement, halte à la spontanéité, même au bois.

La commune de Profondeville, propriétaire de ce bois, a-t-elle réellement pesé les conséquences de ces choix de régénération ? Se dirige-t-on réellement sur ce plateau vers la forêt multifonctionnelle qui réjouit les promeneurs, permet à la nature forestière de se développer, accueille la faune sans la concentrer dans des repères inextricables générateurs de surdensités néfastes pour la forêt, produit un bois de qualité sans compromettre sa capacité pour l’avenir de la forêt, etc. La crise climatique apporte ici sa petite loterie : personne ne peut prétendre que les essences choisies résisteront aux épisodes de sécheresse ou de pluies intenses ou encore aux aléas des températures aussi bien hivernales qu’estivales.

Mais d’autres choix sont-ils possibles et quels sont-ils ? Oui et ils sont nombreux. Des choix possibles et même indispensables pour une forêt publique. Tous les forestiers sont aux abois et nul doute que les régénérations en cours dans les forêts privées font déjà la part belle aux essences exotiques sur lesquelles certains parient désormais. Un pari sans recul et avec des risques comparables aux précédentes monocultures exotiques, des risques simplement démultipliés par les bouleversements climatiques. C’est donc le rôle de la forêt publique de garder la tête froide et de faire confiance à la résilience de nos forêts indigènes pour assurer l’avenir de la forêt wallonne. L’autre option est donc d’opter pour la régénération naturelle, à enrichir le cas échéant par quelques cellules de régénération de feuillus indigènes précieux que l’on souhaiterait voir s’y développer. Une autre forêt est donc possible sur ce plateau lustinois garantissant à la fois son avenir grâce à un mélange d’espèces et une diversité génétique nettement supérieure, une viabilité économique non plombée par des efforts de régénération artificielle, l’accueil de la biodiversité et des citoyens attachés à la forêt naturelle de leur village, etc. Rien à voir avec la culture d’arbres telle qu’on peut la voir aujourd’hui.

La présence de particularités topographiques comme ici une zone humide sur le plateau aurait davantage pu guider les choix de plantation.

Pour en revenir au thuya et si des plantations massives font leur apparition, on peut s’attendre à des soucis… Car là aussi, certains scolytes spécialisés sur le thuya (Phloeosinus spp) causent déjà des dépérissements dans les jardins et seraient ravis de découvrir les allées verdoyantes de nos forêts uniformément plantées.

Ils restent encore quelques pinèdes à régénérer dans les prochaines années à Lustin, la commune sera-t-elle capable d’opter pour d’autres choix ? D’ailleurs où se situe le débat impliquant les citoyens dans ces décisions qui engagent sur plusieurs générations ? Le patrimoine public mérite notre attention, espérons que d’autres horizons plus naturels pourront émerger.

J’ajoute encore que la forêt communale de Lustin comprend aussi de la forêt feuillue en partie indigène, notamment des chênaies présentes sur les versants et que ces parcelles sont gérées avec une belle attention au bois mort notamment. Il reste donc des zones d’intérêt biologique dans le Bois de Nismes mais il reste aussi particulièrement dommageable d’exclure quasi toutes les fonctions mis à part une hypothétique vocation économique, sur la grande zone du plateau. Une forêt résiliente et multifonctionnelle dans tous ses recoins, c’est possible et largement désirable.

Quand la chênaie lustinoise se camoufle sous la neige.

Joyeux Noël …

Lustin, le 15 janvier 2021 25 décembre 2020

Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour rebondir sur l’actualité !

Lesve, le 17 janvier 2021 25 décembre 2020

Chers amis, on nous fait croire que nous sommes déjà mi-janvier mais, en réalité, il n’en n’est rien. J’en veux pour preuve que la terre a tourné moins vite l’an dernier et surtout que dans les bois, c’est ambiance Christmas à fond les baies… En témoigne cette image toute fraîche d’une branche de houx cueillie dans les bois il y a deux jours. L’image cueillie pas la branche, les baies étaient bien trop rares que pour contribuer, moi aussi, au dépeuplement.

Et puis surtout, je pense que l’on a vraiment mal démarré cette année 2021… Raison pour laquelle je vous propose un petit « rewind » bien nécessaire. Fini donc les bons vœux, moi j’ai décidé d’en rester au conventionnel Joyeux Noël. Après tout, il est désormais hautement aléatoire de souhaiter une bonne année 2021. Si on tient à son entourage, on ferait mieux de lui souhaiter juste « bonne chance », en espérant que chacun parvienne à slalomer entre les effets délétères des mesures sanitaires sans cesse renouvelées sans débat ni perspective et les ravages de ce foutu virus et de ses nombreux rejetons. Un comble de se rendre compte que le virus et ses variants semblent simplement aussi avides de conquêtes que nous au quotidien…

Je vous le dis, à ce rythme, on va finir par regretter 2020. Vous pensiez que jamais ce ne serait possible et bien détrompez-vous, 2021 semble bien prometteuse également… Alors, on arrête tout et on recommence.

Très bien mais on commence par quoi ? Posons-nous un instant dans cette course folle aux mesures qui semblent s’empiler sur les arbres de Noël dégarnis qui jonchent les trottoirs. Est-ce que l’on va vraiment dans la bonne direction ? Est-ce qu’une des priorités ne devrait-elle être pas aussi de repenser notre lien avec la nature ? Car c’est bien ce déséquilibre et cette surexploitation depuis plusieurs dizaines d’années qui cause le désarroi actuel. Est-ce que l’on pense vraiment que les mesures actuelles, les drames sociaux qui l’accompagnent et l’appauvrissement public inévitable vont permettre de créer les conditions empêchant l’émergence de nouvelles pandémies à l’avenir ?

Qui pense réellement que la solution « pseudo toute puissante » de la vaccination va permettre à nos sociétés de rebondir et de continuer notre petite vie tranquille comme si il ne s’était rien passé ?

Il faut tirer les enseignements de cette crise, c’est pas comme si on avait le choix. Nous devons changer de modèle et pas juste continuer masqués à avancer vers une société toujours plus aseptisée, insipide et inégalitaire. Renouer avec la nature est possible et ce serait même salutaire pour l’homme. Un premier pas ? Inventons ensemble un nouveau récit de société où la sobriété permet à chacun de s’épanouir sans nuire aux autres, à ses prochains ou à la Planète.

Voilà le cadeau que je voulais vous offrir pour vous souhaiter « Joyeux Noël » à toutes et à tous et à la Planète !

Si on coupe la forêt, c’est pour sa bonne santé …

versant forestier à Lustin (Profondeville), le 03 novembre 2020

au cœur de la griffe …

Jusqu’où va-t-on accepter d’aller (trop loin) pour raisons sanitaires ?

Changeons un peu, point question de santé humaine ici (quoique, indirectement, tout de même …) mais bien de la santé de nos forêts. Le scolyte, encore lui, continue de frapper de-ci de-là les peuplements épars et encore indemnes jusqu’ici. Voilà un petit insecte bien modeste capable de remettre en cause les choix sylvicoles opérés depuis plus de cinquante ans. Rien de bien exceptionnel jusque-là, c’est l’ensemble de la forêt wallonne qui subit les affres de ce ré-équilibrage écologique. Un événement qui était prévisible de longue date lorsque l’on considère ces surfaces immenses de monocultures résineuses comme terrains de jeu favori d’un insecte strictement lié à un arbre : l’épicéa commun.

Cette fois, c’est un versant forestier de la vallée mosane qui est concerné. Y poussaient jusqu’ici, l’épicéa commun bien sûr mais également du sapin de douglas et quelques feuillus disséminés au sein d’un peuplement dont le relief très accentué expliquait le peu de gestion. Une forêt mélangée, plutôt jeune et assez compacte. Ici comme ailleurs, le remède au scolyte est sans appel. On met à blanc et on girobroye, en coupant 100 % des arbres, avec disparition complète, du jour au lendemain, du couvert forestier. Une surface d’environ 9 hectares en plein versant, c’est pas banal ! Le code forestier limite pourtant à 3 ha (feuillus) ou 5 ha (résineux) la surface des mises à blanc tout en laissant la porte ouverte aux dérogations … Versant ou pas, le scolyte aura vite fait permis d’ouvrir cette porte dérogatoire.

On peut s’inquiéter du bouleversement total de cet espace forestier avec des conséquences à de multiples égards : vie du sol, avifaune, etc. Mais le danger est-il réel ? Une mise à blanc de cette taille dans un versant est d’abord une griffe paysagère de plus dont la Meuse se serait bien passée. A court terme, c’est aussi un risque important d’érosion et de lessivage de nitrates, en zone amont de l’usine de Tailfer qui potabilise l’eau de la Meuse … Il faudra donc scruter les fortes pluies de cet hiver.

A plus long terme, il semble que le projet soit de replanter majoritairement du hêtre et du sapin de Douglas. Au train où vont les choses, les jeunes plantations seront sans doute protégées par des clôtures pour les préserver de la dent du gibier. On repart donc sur des peuplements équiennes avec un objectif de production essentiellement alors que la régénération naturelle serait certainement la meilleure option dans un versant forestier comme celui-là où l’on ne devrait plus forcément s’obstiner à uniquement produire du bois. Pour la naturalité de la forêt, il faudra donc repasser d’ici … 100 ans qui sait ? N’oublions pas que le rythme de la forêt n’est pas celui d’une culture de betteraves. Les choix actuels devraient tenir davantage compte des défis futurs…

on a vite fait de changer un paysage avec une abatteuse-ébrancheuse de ce gabarit

Laissons s’épanouir la chênaie-charmaie de la vallée mosane pourvoyeuse de bois et de nourriture pour le gibier, accueillante pour l’avifaune et la flore forestière, riche d’un paysage unique, etc.

en face, ça pousse tranquille

Nervosité au coin du bois …

Ici, on a visiblement dressé la table pour nourrir le sanglier.

Cette semaine, mes pérégrinations professionnelles m’ont amené dans une de nos plus belles régions. Du côté de Mariembourg là où la Fagne se marie avec la Calestienne pour donner naissance à une mosaïque d’habitats et de paysages où l’on sent presque respirer la nature dans chaque recoin.

A la recherche de ma zone du jour à prospecter, mon regard est intrigué par une bande claire en forêt. Je ralentis et constate qu’on a établi là une culture de maïs, complètement enclavée en forêt.

Je m’arrête et franchis les 50 mètres qui séparent la route de cette étonnante culture sous chêne … J’ai à peine le temps de constater que cette bande de maïs on ne peut plus conventionnelle est forcément le terrain de jeu favori des sangliers qu’un 4×4 déboule devant moi dans le sentier reliant la route à cette culture improbable. Un homme en sort, visiblement peu enchanté. Que faites-vous là ? En quoi ça vous regarde cette culture en forêt ? Est-ce que je vais voir si vous plantez des carottes chez vous moi ? J’ai dérangé le Monsieur sur ses terres et suis prié de quitter les lieux immédiatement. A l’arrière du pickup : des sceaux. Peut-être encore un peu de grain pour attirer les faveurs du plus grand nombre de têtes, à quelques encablures de l’ouverture de la chasse ? Il me suivra encore à pied, vraisemblablement pour noter mon numéro de plaque. Me voilà fiché …

Je ressort de l’échange tendu et fâché sur moi-même : pourquoi n’ai-je pas osé répliquer plus franchement ? Quand bien même le chasseur est chez lui, je n’ai dérangé personne ni aucun animal en m’écartant à 50 mètres d’une route fréquentée. Ou alors est-ce mon appareil photo se baladant autour de ce qui s’apparente à un nourrissage intensif qui a rendu mon interlocuteur nerveux ?

En rentrant chez moi, je constate en effet que cette languette de terre est une prairie historique. Ouf, on n’a pas déboisé à cet endroit pour y cultiver du maïs à grand renfort d’engrais et de pesticides. Mais bon, il y a quand même une marge entre une prairie et une culture intensive, surtout que l’observation carto m’apprend aussi que l’on est en zone naturelle au plan de secteur, dans un périmètre d’intérêt paysager de surcroît … Petite cerise sur le gâteau, la forêt n’est nullement privée mais, au contraire, elle est communale. J’avais donc autant le droit de m’y promener que la personne rencontrée, fusse-t-elle détentrice du droit de chasse. Car non, l’exercice de la chasse n’est pas encore le seul usage autorisé en forêt publique …

Ironie du sort, tout cela s’est passé au beau milieu d’un site Natura 2000, la culture étant cartographiée en « milieux ouverts prioritaires » et les forêts aux alentours en « forêts indigènes de grand intérêt biologique ». Manifestement, il y a quand même eu quelques changements depuis la désignation du site. Voilà de quoi questionner encore un peu plus la présence de cette culture intensive qui entretient à merveille le flou entre pratique agricole et cynégétique. Au bénéfice du chasseur et aux dépens de la nature.

Qu’est-ce que je retiens de l’aventure ? Ne pas se laisser démonter par quelqu’un sûr de son fait, même si il se donne des allures de maître des lieux. Je reste aussi assez triste de voir que certains chasseurs gardent cette attitude qui consiste à mettre tout le monde dehors pour conserver la quiétude des seuls animaux qui ont de la valeur à leurs yeux : ceux sur lesquels ils peuvent tirer, peu importe la manière de gérer le territoire, leur territoire.

Course à pied ou à patte

lièvre aux aguets

Courir pour le plaisir ou pour survivre

Hier, je me suis remis à courir. Piano mais sans bruit ou presque … C’est un vrai plaisir de parcourir les paysages autour de la maison en cette saison, même détrempés par l’orage du jour. Une petite bruine agréable continue d’ailleurs de me venir en aide dans mes efforts. Sur une portion du chemin en sous-bois, je goûte à la petite douche provoquée par les branches basses du charme et du noisetier lors de mon passage. Fantastique saison que cet été qui arrive où la température nous permet de nous accommoder de la plupart des caprices de la météo. 

Après une belle observation de faucon qui me survole au milieu de son terrain de chasse, mon parcours suit à présent le chemin agricole et vallonné qui me ramène vers le village. Approchant d’une crête bordée de pomme de terre et d’avoine, j’aperçois un lièvre assis sur le chemin à une cinquantaine de mètres devant moi. Je suis bien vite repéré et le lièvre détale comme lui seul sait le faire. Piqué par la curiosité, j’accélère ma foulée pour arriver moi aussi à cette crête par delà laquelle il a bien vite disparu. Je me demande si il a poursuivi sur le chemin ou s’il s’est résolu à rentrer dans les cultures boueuses et détrempées. Mais plus aucune trace des deux longues oreilles malgré une belle perspective sur le chemin qui serpente à présent devant moi en pente en douce. 

Faute de lièvre, je réfléchis un instant à cette observation fugace. Et c’est sur mon arrogance que je m’arrête en premier : est-ce que je croyais vraiment que j’avais la moindre chance de rattraper ce coureur olympique, moi qui me remets, un peu péniblement quand même, à mon sport favori ?

Ce dur constat passé, c’est sur mon anthropomorphisme facile que rebondit ma pensée un peu haletante maintenant que j’entame la dernière côte. Comme si moi et ce lièvre, nous pratiquions le même sport, comme si lui aussi rechignait à se salir les pattes, comme si … il courait pour le plaisir ! En vérité, la course est pour cet individu un attribut vital : courir pour échapper aux prédateurs, courir et bouquiner même un peu aussi pour transmettre ses gênes, courir pour espérer échapper au chasseur (espoir ténu vu la nudité de la campagne sauf pour le chasseur du dimanche peut-être), courir pour esquiver l’intense trafic qui a resurgit au milieu de sa campagne après une courte pause. Courir pour survivre en somme. 

Et si on vivait la nature ?

Cette scène vécue au coin du champ m’en rappelle une autre, il y a une paire d’années, au beau milieu de l’Ardenne. Celle d’un autre lièvre surpris sur un chemin de campagne, après une bonne pluie là aussi. Je m’étais figé pour observer sa posture aux aguets quand une tourterelle des bois était venue se poser juste devant lui, à quelques mètres de moi. Je garde un souvenir bien vivace de la connexion avec la nature, intense et sereine, que j’avais ressentie alors.

tourterelle des bois, Libin, 2006

En 2020, plus trop possible d’espérer croiser une tourterelle des bois sur un chemin de campagne. Cette espèce et tous les individus qui lui appartiennent sont au bord de l’extinction chez nous. Le lièvre quant à lui semble se porter un tout petit peu mieux, cette saison en tout cas. Gageons que cette tendance se confirme ! Saurons-nous observer le lièvre pour ce qu’il est et le respecter comme l’animal sauvage qui nous rappelle que la plaine n’a pas toujours été aussi morne qu’on se résigne à l’accepter aujourd’hui ?

Sur la fin du parcours, un pic vert s’envole à quelques mètres de moi. Me voilà tout à coup bien plus à l’aise et sans complexe, on n’exerce pas dans la même discipline et je m’autorise à le laisser fuir à sa propre allure. Comme quoi, déconstruire nos interprétations demande de la persévérance et un peu d’exercice aussi. Tant mieux, je ré-enfilerai mes baskets bien vite !

Tulipa !

mais moi, je lis … 😉

On pense parfois que l’esthétique est une construction humaine et qu’il faut nécessairement l’intervention, toujours heureuse, de la main de l’homme pour rendre une chose ou un être quel qu’il soit digne d’être regardé. Arrogance, manque de lucidité, détachement ou un peu de tout ça à la fois ? Rien d’immuable heureusement !

En réalité, cette esthétique est présente partout autour de nous, mille fois réinventée par la nature qui nous environne. C’est par contre bel et bien notre oeil humain, trop formaté, trop pressé, trop éteint … qui ne parvient pas à la révéler, reléguant cette nature spontanée au rang du désordre sans intérêt. Autant de no man’s land forcément laids et même quelques fois affolants !  
Mais à quoi bon s’échiner à créer de la beauté, souvent bien relative et vite démodée, lorsque, dans le même temps, l’intensification de nos impacts détruit la beauté de la nature que nous n’avions pas encore pris le temps de découvrir ?

La tulipe sauvage (Tulipa sylvestris) est certainement une de ces espèces capables de nous réconcilier avec la vie sauvage, de nous ouvrir les yeux sur sa beauté délicate, éphémère mais aussi dynamique et à l’incroyable potentiel de régénération. Un spectacle véritablement apaisant et réjouissant lorsque l’on se donne le temps d’y assister. Lorsque l’on décide aussi de ne pas repeindre en permanence les murs de la salle où se tient cette représentation car c’est dans les murs lézardés à la peinture écaillée que la timidité du sauvage s’estompe et que les espèces prennent place sur la scène.

Pour en revenir à notre fameuse tulipe indigène, elle n’est plus guère présente à l’état naturel en Belgique que dans un recoin hennuyer.
En France, c’est dans quelques cultures de vigne particulièrement extensives et gérées naturellement que l’on retrouve encore la belle fleur jaune élégante, parfois avec des densités incroyables. Vigne et tulipe sauvage y forment un duo éclatant au profit d’un paysage unique et harmonieux.

Typique des vieux vergers, des parcs mais aussi des friches agricoles, elle a très fortement régressé partout en Europe au point de faire l’objet de multiples plans de sauvegarde. Et pendant ce temps, dans nos jardins, on n’a jamais dépensé autant d’argent pour réaliser des plantations toujours plus artificielles et exubérantes.

Pourtant, la page de la tulipe sauvage n’est pas définitivement écrite chez nous. On pourrait tout aussi bien renier les innombrables variétés et formes horticoles et planter cette espèce indigène dans nos jardins aussi ! A quand un « Keukenhof » sauvage et indigène ?

Plus largement, à l’heure du renouveau de la vigne et à la recherche d’une différenciation en phase avec l’environnement, quel sera le premier vignoble belge qui décidera de réhabiliter cette espèce au cœur de sa vigne par la plantation massive et la valorisation de paysages à la fois naturels et productifs ? Si ce vignoble existe, je suis à sa disposition pour bâtir cette action riche de sens et promise à la beauté. 

Jardin, espace vert & confinement …

Petits conseils pour les heureux détenteurs de jardin et d’espace vert en cette période confinée mais aussi exceptionnellement lumineuse et propice à la redécouverte de son jardin et de la nature proche.

Votre pelouse n’a jamais été aussi impeccable et vous vous faites forts de la tondre désormais tous les deux jours même si vous n’avez aucun projet d’ouverture prochaine d’un parcours de golf au sein de votre humble propriété ? Et bien je vous comprends tant il est difficile pour certaines personnes, moi 5x compris, de sortir du « faire » pour couler doucement dans le « observer », « prendre du recul », « imaginer demain », etc. Cette période inédite et déstructurée nous pousse à tenter tant bien que mal de « remplir nos journées », « en profiter pour nettoyer le jardin un bon coup », etc.

la spontanéité de la nature est contagieuse, essayez donc !

D’ailleurs, dans mon coin, il n’est pas rare d’entendre plusieurs machines lancées à plein régime qui taillent, tronçonnent, tondent, débroussaillent … dès 8h du matin ! Comme si, le soir même, chacun de nous devait prouver qu’il avait rentabilisé sa journée. Mais soyons lucide, le spectre de la journée perdue nous fait parfois nous agiter bien inutilement. Se poser, observer, écouter, sentir et ressentir les ambiances, les couleurs et les parfums, sont autant d’actions pourtant tout aussi riches et qui peuvent nous apprendre beaucoup sur ce bout de nature qui entoure notre vie effrénée et que nous sommes bien incapables de considérer la plupart du temps …

La pelouse n’en peut plus de voir revenir la tonte infernale alors même que les maigres nuages restent suspendus dans le ciel sans donner la moindre goutte … Laissons-la donc un peu vagabonder, nous aurons peut-être l’occasion de voir s’y épanouir les fleurs simples et tellement belles de la pâquerette mais aussi les véroniques et même quelques cardamines pour les plus chanceux d’entre nous. Bientôt et si le confinement devait changer quelques unes de nos habitudes, le cortège floral pourra s’enrichir des marguerites, épervières et autres trèfles ! Toute une petite flore discrète et pourtant tellement convoitée par les pollinisateurs à l’image des bourdons qui, déjà aujourd’hui, emplissent l’espace sonore de leur vrombissement dès le lever du soleil pour qui prend le temps de les écouter ! Ralentissons pour aider la nature à nous faire respirer.

Juste à côté de notre pelouse en mal d’ensauvagement, se dresse peut-être une belle haie vive que l’on a laissé grandir avant tout, soyons honnête, par négligence. Et alors là je crie : alerte ! Considérons que la distance sociale s’applique désormais et depuis le 31 mars également aux haies et autres massifs arbustifs suffisamment denses … Toute cette actualité sanitaire nous aura peut-être fait oublier qu’on est bel et bien au printemps ! Et au printemps, alors que nous galopons habituellement à travers nos vies, les oiseaux, eux, ils s’accouplent, construisent des nids, pondent et élèvent leurs oisillons au cœur des arbustes fleuris et bourdonnant d’insectes ! Donc et même si la chose est tentante en ce moment, on évite absolument de refaire de notre haie joyeusement ébouriffée, un beau rectangle parfaitement rectiligne que notre fierté, parfois un peu démesurée, nous poussera à partager sur le premier réseau social venu … On laisse pousser, on observe et on fait patienter nos engins de malheur jusqu’à la fin juillet MINIMUM ! Oui, le confinement sera fini, enfin on l’espère …, mais on trouvera malgré tout un peu de temps pour s’occuper de ça. Et si le temps manque, on laissera encore passer une saison ou on ne taillera qu’une partie de cette belle haie. Le reste de cette haie pourra être taillé plus tard, ce qui garantira aux oiseaux des haies bien denses à tout moment. Bref, ne nous affolons pas et laissons la vie animale se déployer !

taillés lors de la montée de sève, les arbustes, comme ce cornouiller mâle, semblent pleurer pour nous faire changer de projet …

En appliquant quelques conseils simples de cohabitation pacifique avec la vie sauvage, comme ceux-ci, nous pourrons faire de ce confinement une belle opportunité de réconciliation avec notre nature qui ne demande qu’à nous éblouir pour nous aider à mieux rebondir. Convaincu(e) mais un peu perdu(e) ? Le confinement a du bon, je suis à votre disposition pour un échange video skype, whatsapp ou messenger. Prenons RDV ! C’est sans engagement, juste l’occasion de voir quelles sont les premières étapes pour remettre la nature dans votre quotidien. Peut-être commencer par un diagnostic du potentiel nature de votre espace par exemple ?

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quand Proximus en personne se déplace pour réaliser la poche de plantation tant attendue, je dis « bravo et merci » ! et en plus, ils avaient le permis pour le faire, ce qui ne gâche rien …