Nervosité au coin du bois …

Ici, on a visiblement dressé la table pour nourrir le sanglier.

Cette semaine, mes pérégrinations professionnelles m’ont amené dans une de nos plus belles régions. Du côté de Mariembourg là où la Fagne se marie avec la Calestienne pour donner naissance à une mosaïque d’habitats et de paysages où l’on sent presque respirer la nature dans chaque recoin.

A la recherche de ma zone du jour à prospecter, mon regard est intrigué par une bande claire en forêt. Je ralentis et constate qu’on a établi là une culture de maïs, complètement enclavée en forêt.

Je m’arrête et franchis les 50 mètres qui séparent la route de cette étonnante culture sous chêne … J’ai à peine le temps de constater que cette bande de maïs on ne peut plus conventionnelle est forcément le terrain de jeu favori des sangliers qu’un 4×4 déboule devant moi dans le sentier reliant la route à cette culture improbable. Un homme en sort, visiblement peu enchanté. Que faites-vous là ? En quoi ça vous regarde cette culture en forêt ? Est-ce que je vais voir si vous plantez des carottes chez vous moi ? J’ai dérangé le Monsieur sur ses terres et suis prié de quitter les lieux immédiatement. A l’arrière du pickup : des sceaux. Peut-être encore un peu de grain pour attirer les faveurs du plus grand nombre de têtes, à quelques encablures de l’ouverture de la chasse ? Il me suivra encore à pied, vraisemblablement pour noter mon numéro de plaque. Me voilà fiché …

Je ressort de l’échange tendu et fâché sur moi-même : pourquoi n’ai-je pas osé répliquer plus franchement ? Quand bien même le chasseur est chez lui, je n’ai dérangé personne ni aucun animal en m’écartant à 50 mètres d’une route fréquentée. Ou alors est-ce mon appareil photo se baladant autour de ce qui s’apparente à un nourrissage intensif qui a rendu mon interlocuteur nerveux ?

En rentrant chez moi, je constate en effet que cette languette de terre est une prairie historique. Ouf, on n’a pas déboisé à cet endroit pour y cultiver du maïs à grand renfort d’engrais et de pesticides. Mais bon, il y a quand même une marge entre une prairie et une culture intensive, surtout que l’observation carto m’apprend aussi que l’on est en zone naturelle au plan de secteur, dans un périmètre d’intérêt paysager de surcroît … Petite cerise sur le gâteau, la forêt n’est nullement privée mais, au contraire, elle est communale. J’avais donc autant le droit de m’y promener que la personne rencontrée, fusse-t-elle détentrice du droit de chasse. Car non, l’exercice de la chasse n’est pas encore le seul usage autorisé en forêt publique …

Ironie du sort, tout cela s’est passé au beau milieu d’un site Natura 2000, la culture étant cartographiée en « milieux ouverts prioritaires » et les forêts aux alentours en « forêts indigènes de grand intérêt biologique ». Manifestement, il y a quand même eu quelques changements depuis la désignation du site. Voilà de quoi questionner encore un peu plus la présence de cette culture intensive qui entretient à merveille le flou entre pratique agricole et cynégétique. Au bénéfice du chasseur et aux dépens de la nature.

Qu’est-ce que je retiens de l’aventure ? Ne pas se laisser démonter par quelqu’un sûr de son fait, même si il se donne des allures de maître des lieux. Je reste aussi assez triste de voir que certains chasseurs gardent cette attitude qui consiste à mettre tout le monde dehors pour conserver la quiétude des seuls animaux qui ont de la valeur à leurs yeux : ceux sur lesquels ils peuvent tirer, peu importe la manière de gérer le territoire, leur territoire.

2 Comments on “Nervosité au coin du bois …

  1. hère Madame, Cher Monsieur,

    Comme vous le savez, l’ouverture de la chasse approche à grands pas !

    Nous avons depuis plusieurs mois récolté un certain nombre de témoignages qui nous permettent de communiquer sur les dérives de la chasse en Wallonie. Cependant, nous sommes toujours à la recherche de sites propices à la réalisation d’images pour mettre en lumière certaines dérives qui sont bien gardées secrètes par le monde de la chasse.

    Si vous disposez de photos ou de vidéos qui montrent au grand jour des dérives tels que le nourrissage artificiel, le piégeage, la privatisation de chemins publics, l’installation de clôtures dépassant 1m20 pour contenir le gibier sur site, le lâcher de petit gibier, les volières (de faisans, perdrix et canards), l’agressivité de certains chasseurs face aux riverains, la surdensité de grands mammifères (cervidés et sangliers), … n’hésitez pas à nous les faire parvenir par mail ou via http://www.wetransfer.com à l’adresse suivante info@stopderiveschasse.be.

    Si vous disposez d’informations qui pourraient nous permettre de réaliser des images liées aux dérives de la chasse, n’hésitez pas à nous contacter par mail également. Nous vous recontacterons pour venir sur place.

    Si vous avez été témoin d’une dérive de la chasse (sans disposer d’éléments visuels), n’hésitez pas non plus à nous communiquer votre témoignage par mail avec le plus de détail possible (localisation gps, date et description précise de l’événement et idéalement photos).

    Faire évoluer la loi encadrant la chasse est un combat long et compliqué, le Collectif ne baisse pas les bras ! Bien au contraire, il se renforce de jours en jours puisqu’il est désormais composé de 68 associations et représenté par plus de 35000 signataires dont vous faites partie !

    Très cordialement,

    Le collectif Stop Dérives Chasse

    • Aucun souci pour vous communiquer mes informations.
      Dans ce cas précis, j’ai également pris contact avec le cantonnement forestier concerné de manière à pouvoir assurer un suivi.

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